Critique 178 - Vallée des Merveilles T.1 Chasseur-Ceuilleur

Publié le par Philippe Grenier

Scénariste : Joann Sfar
Dessinateur : Joann Sfar
Coloriste : Brigitte Findakly
Editeur : Dargaud

Taille : Format normal, mais élargi
Dépot Légal : 04/2006
ISBN : 2-205-05865-7
Nb Pages : 108
Prix de détail : 26.95$ (15.00€)



Synopsis du site de Dargaud
Pot de Miel, sa famille et ses copains vivent dans un décor de rêve au bord de la Méditerranée -- sans les touristes, vu que nous sommes en pleine Préhistoire. Il fait beau, la vie est belle, mais Nuit des Câlins en a marre du poisson-manioc. Donc, Pot de Miel et son copain Grand Nez Qui Déniche partent à la chasse. Ce qui leur vaut un tas de rencontres palpitantes : quelques dragons et dinosaures d'époque (ou à peu près), L'Oracle (un condensé de pessimisme), un clan de «civilisés» occupés à sacrifier d’autres «civilisés», un guerrier professionnel qui tient à trucider le monde pour expier ses très grandes fautes et, enfin, des cultivateurs de courgettes. Si bien qu'ils reviendront à la grotte familiale avec des graines et la recette des "petits farcis" (courgettes-opossum) -- ce qui constitue un sérieux progrès pour la gastronomie préhistorique.

La Vallée des Merveilles, nouvelle série de Joann Sfar (auteur généreux qui s'épanouit mieux dans l'abondance de boulots) nous plonge donc dans le quotidien préhistorique. Résultat : cent pages de gaieté pure, qui mêlent l'aventure (monstres à écailles, bagarres sanglantes, grosses trouilles, sorciers, "costumes" et grigris assortis) et les minuscules événements d'une vie de famille heureuse. Si bien qu'on a dans le même paquet le journal intime, hypersensible, et Conan le Barbare. D'autant plus que le récit est suivi d'un "bonus" passionnant en forme de carnet de bord, où Sfar explore ses sources d'inspiration, nous dévoile quelques babioles techniques -- entre autres, la bonne tenue de l'étui pénien de Grand Nez --, et nous livre les dernières nouvelles de Tautmina et Raoul (ses enfants dans la vraie vie), ou les consignes à sa coloriste : "C'est joyeux, c'est l'aventure, le héros a une peau orange." Le tout sous forme de feuilleton à parution annuelle.


Après avoir habitué ses lecteurs à des albums intéressants avec la publication de séries telles que Troll, Donjon Monsters, Donjon Parade et ainsi de suite, Joann Sfar a pu se créer un public de gens appréciateurs qui sont convaincus que l'artiste est un représentant par excellence de la nouvelle génération de créateurs et qu'en outre, il possède un génie créatif inné pour le monde de la bande dessinée. Ainsi, ce sont aujourd'hui les éditeurs qui font des pirouettes afin d'obtenir l'honneur de publier les derniers efforts de Sfar, permettant du même coup une très vaste marge de manoeuvre à celui-ci dans son expression créatrice.

Alors que ce statut exceptionnel permet à certains artistes de créer leurs meilleurs travaux et de révolutionner le monde artisanal dans lequel ils évoluent, pour d'autres, ce palier a été tout l'inverse d'une bénédiction, ils sont devenus les victimes de leur succès et ils ont sombré dans l'oubli du public exigeant.

Avec la publication de ce tome de 108 pages, l'artiste qui préconise l'écriture de scénarii solides au détriment de la beauté du dessin, ne se retrouve certes pas dans la première de ces deux catégories. En effet, l'histoire de cette famille de Néanderthals est loin d'être intéressante, au point qu'après avoir lu quelques pages seulement de ce tome, la pensée "Ça dure encore longtemps ce machin" vient à l'esprit du lecteur qui, à défaut d'être charmé par le dessin horriblement bâclé, délaissera avec dégoût cet album, sans en terminer la lecture, avec en plus l'impression de s'être fait abuser par l'auteur. Toutefois, il semble que Sfar réussit malgré tout à tirer son épingle du jeu avec La Vallée des Merveilles, alors qu'au 4e plat du livre, il est possible de lire les témoignages de lecture de personnages tels que Alain Chabat et Cédric Klapisch qui affirment ouvertement avoir savouré ce tome! chepas

En bref, cet album a tendance à faire ressentir des impressions très différentes chez les lecteurs, allant de l'insulte à la jubilation. Ainsi, il serait tentant de lui accorder qu'un demi point sur cinq, exprimant que c'est un album à éviter, mais il est plus juste de le mettre au niveau de "pour amateurs seulement".

no / 5

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