Critique 1023 - Lui

Publié le par Philippe Grenier

Scénariste : Philippe Djian
Dessinateur : Jean-Philippe Peyraud
Coloriste : Jean-Philippe Peyraud
Éditeur : Futuropolis

Taille : Format ¾, couverture cartonnée
Dépôt Légal : 05/2010
ISBN-13 : 978-2-7548-0249-9
Nb Pages : 176
Prix de détail : 39.95$ (24.00€)

Genre : Roman Graphique



Présentation de l'éditeur
LUI est un huis clos qui traite de l'enfermement. Un homme (LUI) converse avec trois femmes (une infirmière, une vamp et une lolita) sans que jamais celles-ci ne se croisent. Au fur et à mesure de la lecture, nous comprendrons que l'homme n'a plus toutes ses facultés, et plus précisément, que ce sont les femmes qui lui font perdre la tête.

L'action se passe de nos jours dans un appartement chic au-dessus d'une ville de bord de mer. L'homme revient de l'enterrement de sa mère et discute avec Elsie, sa nouvelle épouse. Elle trouve que Nicole, sa première femme est trop présente dans son esprit. Les deux femmes se croisent dans l'appartement, sans jamais se voir. Mais surgit une troisième femme, Sylvie, sa voisine. Elle montre de nombreuses similitudes avec Nicole, notamment celui d'avoir été violée par les amis de l'homme sans que celui-ci n'intervienne. Au fil de la lecture, nous comprendrons que nous nous immisçons dans le cerveau bien dérangé de l'homme, et que deux des trois femmes avec qui il converse sont mortes, voire qu'il les a tués.

Il fallait sacrément être gonflé pour écrire une « tragédie grecque » au XXIe siècle et tout aussi culotté pour adapter cette pièce en bande dessinée. Pari réussi pour Philippe Djian et Jean-Philippe Peyraud. LUI devient un huis clos passionnant, à l'humour parfois glaçant, où la virtuosité du texte se fond dans la grâce et l'inventivité du dessin, aux multiples ambiances colorées.


On connait principalement l'écrivain Philippe Djian pour son troisième roman 37°2 le matin, lequel a vu son adaptation au cinéma par Jean-Jacques Beineix connaître un glorieux succès, incluant une nomination aux Oscars pour meilleur film étranger, et pas moins de 9 nominations aux Césars portant sur toutes les catégories les plus importantes (Meilleur film et Meilleur réalisateur pour Jean-Jacques Beineix, Meilleur acteur pour Jean-Hugues Anglade, Meilleure actrice pour Béatrice Dalle, Meilleur montage pour Monique Prim, Meilleure musique pour Gabriel Yared, Meilleur second rôle masculin pour Gérard Darmon, Meilleur second rôle féminin pour Clémentine Célarié, et finalement, le prix de consolation et unique César emporté sur les neuf: Meilleure affiche Christian Blondel!). Bien sûr, la carrière de l'écrivain ne se limite pas à ce seul roman, son répertoire comporte en effet une trentaine d'oeuvres, dont la pièce Lui, originalement écrite pour le théâtre. wink

Ayant déjà franchi le pas avec succès deux ans plus tôt avec Jean-Philippe Peyraud pour l'adaptation en roman graphique de son oeuvre Mise en bouche, il devenait tout naturel que les deux coéquipiers d'alors se retrouvent pour travailler sur le second projet d'adaptation en bande dessinée, soit celui en titre. Complexe et surtout très chargée en dialogues, il devint nécessaire de sortir du scheme traditionnel de publication de BD (lequel oscille généralement entre les 44, 46 et 52 planches) afin de transposer dans ce type de média l'intégralité de la pièce de théâtre. Cependant, avec un résultat final qui s'étale sur 174 planches séparées en cinq actes, le lecteur a quelque peu tendance à être victime du même type d'évasion de l'esprit qu'il arrive, malheureusement, quelques fois de ressentir au théâtre! frown

Même si l'ambiance du récit est très soutenue tout au long de cet album, que le dessin de Jean-Philippe Peyraud est très rafraîchissant, et que l'utilisation de thématiques de couleurs adaptées aux divers échanges permet de deviner plus facilement qu'il y a quelque chose de louche dans ce qui se trame avec le protagoniste, la longueur des échanges entre les personnages, et parfois la répétition du fond du dialogue rend certains passages plutôt barbants. Il va sans dire qu'il est préférable pour le lecteur de connaître à l'avance la conclusion du récit avant d'entamer sa lecture, ce qui lui permettra plus facilement d'aborder cet ouvrage comme on le ferait lors d'une étude littéraire approfondie plutôt qu'un moment de divertissement relaxant. neutral

ok ok ½ /5

Lien vers la critique du premier tome de la série Le Sourire du Clown:
arrow Il pleut
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Publié dans Critiques

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